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Lucy Wills : ses travaux de recherche majeurs pour la santé des femmes enceintes

23 mai 2018

Comment la découverte d’une femme a permis de prévenir d’innombrables anomalies congénitales dans le monde entier.

Dans le premier article de notre série explorant les contributions méconnues des chercheuses à la santé mondiale, nous présentons Lucy Wills, dont les travaux novateurs sur l’acide folique nous ont permis de mieux apprécier l’importance de la nutrition pendant la grossesse.

Les anomalies du tube neural font partie des anomalies congénitales les plus fréquentes et les plus graves. Elles sont une cause majeure de décès et d’invalidité permanente, et concernent plus de 300 000 naissances dans le monde chaque année.

Elles apparaissent au cours des toutes premières semaines de la grossesse, lorsque le tube neural, à partir duquel se forment le cerveau et la moelle épinière, se développe et se ferme. La fermeture incomplète du tube neural entraîne une anomalie, telle que le spina bifida (anomalie de la moelle épinière ou des vertèbres).

Nous savons aujourd’hui que le taux de folate (vitamine B9) d’une femme joue un rôle essentiel dans la formation du tube neural. C’est l’une des raisons principales pour lesquelles l’acide folique (forme synthétique du folate) est recommandé par l’OMS comme complément alimentaire pour les femmes enceintes.

La découverte et l’utilisation du folate ont donc joué un rôle prépondérant dans la prévention d’innombrables anomalies congénitales invalidantes, voire mortelles. Et nous le devons à une chercheuse novatrice et aventurière.

De Cambridge au Cap

Née en Angleterre en 1888, la jeunesse de Lucy Wills est marquée par des événements tragiques. Deux ans après l’obtention de ses diplômes de botanique et de géologie à l’université de Cambridge, en 1911, elle perd son père, dont elle est très proche, et sa sœur aînée, Edith, alors âgée de 27 ans.

Ces tragédies familiales sont probablement à l'origine de son intarissable soif de voyages. Après s’être rendue au Sri Lanka avec sa mère, Lucy Wills s’installe en Afrique du Sud avec son frère en 1914. Au début de la Première Guerre mondiale, en juillet de la même année, son engagement comme infirmière volontaire au Cap marque les prémices de sa carrière médicale. 

De retour à Londres en 1915, Lucy Wills étudie à la London School of Medicine for Women, la première faculté de médecine britannique formant des femmes médecins. En 1920, elle obtient son diplôme de médecine et entre au Département de chimiopathologie pour étudier les mécanismes biochimiques de l’organisme associés à la maladie. C’est là que se révèle, au cours des années suivantes, l’intérêt particulier de Lucy Wills pour l’hématologie, l’étude du sang et le traitement des maladies du sang.

Bombay, un tournant décisif

En 1928, elle se rend en Inde pour participer aux recherches sur une forme particulièrement grave et potentiellement mortelle d’anémie de grossesse, prévalente chez les ouvrières du textile de Bombay (aujourd’hui Mumbai).

Constatant que l’anémie était surtout fréquente dans les classes les plus pauvres de la population, Lucy Wills décide d’étudier si les facteurs alimentaires jouent un rôle dans cette affection. Elle découvre alors que les régimes pauvres en protéines, en fruits et en légumes sont corrélés à un risque accru d’anémie macrocytaire chez la femme enceinte (affection dans laquelle les globules rouges sont plus gros que la normale).

Après l’échec d’un premier essai d’intervention nutritionnelle basé sur l’utilisation des vitamines A et C, Lucy Wills décide d’étudier des approches alternatives pour connaître les effets des modifications du régime alimentaire sur des rats femelles enceintes. La chercheuse constate alors que les rates ayant reçu une alimentation semblable à celles des femmes issues des classes les plus pauvres de Bombay deviennent anémiques, et meurent avant d’accoucher.

Lucy Wills découvre que l’ajout de levure de bière à cette alimentation pauvre en vitamine B peut prévenir l’anémie des rates. Afin de s’assurer des résultats de ses recherches, elle décide de reproduire l’essai chez des singes. En utilisant un extrait de levure qui était et reste aujourd’hui une pâte à tartiner très utilisée au petit-déjeuner, Lucy Wills obtient les mêmes résultats qu’avec les rates. 

Dans les essais thérapeutiques suivants réalisés à Bombay, l’extrait de levure s’avère capable de prévenir et de guérir l’anémie macrocytaire des patientes enceintes. Lucy Wills est donc la première à observer qu’un facteur nutritionnel spécifique est essentiel pour prévenir l’anémie de grossesse. Ce facteur, baptisé « facteur de Wills », fut le premier pas vers la découverte de l’acide folique.

Comment le facteur de Wills est devenu une réalité

De retour à Londres, Lucy Wills continue à travailler sur la prévention de l’anémie chez les femmes enceintes grâce aux apports nutritionnels. Pendant les années 30, Lucy Wills et ses collègues découvrent que, hormis la levure, le foie contient des nutriments capables de traiter plusieurs formes d’anémie. Ces découvertes permettent de circonscrire les vitamines efficaces dans la prévention de la maladie.

L’acide folique reçoit son nom en 1941, après avoir été isolé dans les épinards par Herschel Mitchell. Deux années plus tard, le composé est synthétisé pour la première fois et, en 1945, ce folate synthétique est utilisé pour soigner l’anémie.

Jusqu’à la fin de sa vie, Lucy Wills cherchera à améliorer notre compréhension de l’importance de la nutrition pendant la grossesse. Elle continue à voyager, de la Jamaïque aux îles Fidji, et à observer l’impact de l’alimentation sur les femmes enceintes.

L.FR.COM.CC.05.2018.1633

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