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Christiane Nüsslein-Volhard : la chercheuse qui a décodé l'embryon

12 août 2019

C’est grâce à Christiane Nüsslein-Volhard que nous comprenons les stades précoces du développement du bébé. Aujourd’hui, elle soutient une nouvelle génération de chercheuses talentueuses.

Drosophila Melanogaster, plus connue sous les noms de drosophile ou mouche des fruits, est une star inattendue de l’histoire des sciences. Ce minuscule insecte a joué un rôle essentiel dans les travaux de recherche et de compréhension des premiers stades de la vie, et de la manière dont nous devenons ce que nous sommes.

Une drosophile n’a que quatre chromosomes, contre 23 pour l’Homme, mais ses gènes sont étonnamment similaires. Les séquences de gènes humains peuvent être rapprochées des gènes équivalents de la mouche. Par exemple, environ 75 % des gènes pouvant entraîner des maladies héréditaires chez l’Homme sont également présents chez la drosophile.

En outre, les drosophiles se reproduisent rapidement et en abondance : une mouche femelle devient fertile environ 8 heures après son éclosion (le processus au cours duquel un insecte sort d’un œuf), et peut pondre 2 000 œufs au cours de sa vie.

C’est pourquoi les chercheurs étudiant le développement embryonnaire s’y intéressent de très près. Les drosophiles ont permis à Christiane Nüsslein-Volhard et Eric Wieschaus de faire une découverte capitale : il existe des gènes spécifiques qui contrôlent le développement de l’embryon de mouche, et des embryons d’autres animaux.

Infographie décrivant l’utilisation scientifique des drosophiles
Infographie décrivant l’utilisation scientifique des drosophiles

40 000 mouches et les gènes qui créent la vie

Née à Magdebourg, en Allemagne de l’Est, Christiane Nüsslein-Volhard étudie la biologie à l’Université de Tübingen, dont elle sort diplômée en biochimie. En 1981, elle lance le projet qui lui vaudra d’être reconnue dans le monde entier, afin de découvrir les mystères de l’embryon. Elle s’intéresse en particulier aux gènes qui contrôlent le processus de formation et de développement embryonnaires.

Pour décoder ces mystères, Christiane Nüsslein-Volhard et son collègue, Eric Wieschaus s’intéressent à la drosophile. À de nombreuses drosophiles. Ils élèveront en tout près de 40 000 mouches. Les deux scientifiques développent un processus de dépistage génétique, consistant à muter le génome de la drosophile et à déterminer quelles mutations induites affectent le développement embryonnaire.

« Il s’avère que les gènes de mouche que nous avons identifiés jouent un rôle très important chez les vertébrés. »

– Christiane Nüsslein-Volhard

Ce processus permet aux deux chercheurs d’identifier ces gènes essentiels, au nombre de 120, qui contrôlent directement la formation des embryons de drosophile et, par extension, d’autres organismes pluricellulaires.

« Il s’avère que les gènes de mouche que nous avons identifiés jouent un rôle très important chez les vertébrés. Cette découverte décisive a permis aux recherches sur la mouche d’avoir un impact sur le développement humain », explique Christiane Nüsslein-Volhard.

Leur découverte nous a permis de mieux comprendre la génétique du développement. En 1995, elle vaut à Christiane Nüsslein-Volhard, Eric Wieschaus et Edward B. Lewis (dont les recherches antérieures sur les drosophiles sont le point de départ de leurs propres travaux) le prix Nobel en physiologie ou en médecine.

Photo de Christiane Nüsslein-Volhard dans un laboratoire
Christiane Nüsslein-Volhard
momentum-photo.com/MPI für Entwicklungsbiologie Tübingen

Soutien aux jeunes chercheuses

Christiane Nüsslein-Volhard n’est que la sixième femme à avoir remporté le prix Nobel, ce qui souligne non seulement l’importance de sa découverte, mais aussi l’absence notable des femmes dans le domaine scientifique pendant la majeure partie du siècle.

« Lorsque j’ai commencé mes recherches dans les années 70 et au début des années 80, la vie était très différente pour les femmes. Nous étions une réelle exception », explique-t-elle. « Les gens ne savaient pas quoi faire de nous. Cela nous compliquait la vie, le fait que nous étions des femmes [dans ce milieu]. »

Fort heureusement, les temps ont changé. « On ne peut plus dire que les femmes [scientifiques] sont des exceptions et qu’elles ne sont, en principe, pas faites pour réussir dans ce domaine », insiste Christiane Nüsslein-Volhard. « Dans tous les domaines, on trouve des femmes qui sont au moins aussi douées que les hommes les plus talentueux. Il n’est plus question de douter de la légitimité des femmes. »

Cependant, il reste des difficultés à surmonter. En particulier pour les femmes qui tentent de trouver un équilibre entre leur carrière scientifique et leur vie privée, notamment leur rôle de maman. Dans un tel contexte, Christiane Nüsslein-Volhard a créé la CNV-Foundation en 2004, pour soutenir financièrement les mères en début de carrière dans le secteur des sciences naturelles, afin qu’elles puissent poursuivre leurs recherches.

« L’idée de la fondation vient d’un questionnement sur le faible pourcentage de femmes dans le milieu des sciences et la manière dont la situation pourrait être améliorée. La principale différence entre les hommes et les femmes est évidemment le fait que les femmes portent les enfants. Avoir une famille, c’est avoir moins de temps à accorder à ses recherches. Cela prend inévitablement du temps et de l’énergie. »

Les bénéficiaires sont sélectionnées en fonction de leur mérite scientifique. Comme l’explique Christiane Nüsslein-Volhard : « Nous les avons choisies pour leurs réussites, pour ce qu’elles nous disent de leurs recherches. Ce n’est pas un projet social. Le programme cible les femmes talentueuses pour les aider dans leur carrière. »

Toute la carrière de Christiane Nüsslein-Volhard est marquée par sa passion pour la rigueur scientifique et l’excellence, de son incroyable découverte concernant le développement du bébé à son soutien envers les jeunes chercheuses.

 

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